Freud a appelé répétition ce qui apparaît lorsque le psychisme tente de maîtriser ce qu’il n’a pas réussi à symboliser. Au lieu de se souvenir, le sujet met en scène. Au lieu d’élaborer, il reconstruit la scène avec de nouvelles personnes, de nouvelles dates, de nouveaux discours. Mais avec le même noyau. Et la partie la plus inconfortable est celle-ci : bien souvent, il ne s’agit pas de rechercher le plaisir. Il s’agit d’obéir à une familiarité. Ce qui est ancien, même douloureux, a un pouvoir de conviction.
Lacan complexifie davantage : nous ne nous attachons pas à l’autre « tel qu’il est ». Nous nous attachons à la place qu’il occupe dans notre fantasme. Et le fantasme, ici, n’est pas une imagination naïve. C’est une structure. Une façon d’organiser le désir. Un scénario qui dit : « c’est ainsi que j’existe pour quelqu’un ». Tant que cette structure n’est pas interrogée, l’amour devient une tentative de maintenir la même place, avec de nouveaux personnages.
C’est pourquoi le tournant ne se produit quand vous rencontrez quelqu’un de meilleur. Le tournant se produit lorsque vous parvenez à percevoir, à l’intérieur de la scène, le point où vous faites toujours la même concession.
C’est alors qu’une différence cruciale commence à apparaître : la culpabilité est accusation. La responsabilité est autorité sur sa propre histoire.
La culpabilité paralyse.
La responsabilité ouvre le choix.
Surgit alors la question qui met au travail : à quel endroit vous êtes-vous laissé convaincre que l’amour était cela ?
Ce que vous appelez « intensité » alors que, à l’intérieur, c’était déjà de l’urgence ?
Ce que vous appelez « soin » alors que, à l’intérieur, c’était déjà de la surveillance ?
Ce que vous appelez « chimie » alors que, à l’intérieur, c’était déjà la reconnaissance de la blessure ?
L’élaboration ne vous promet pas un amour sans risque. Elle vous promet autre chose.
Oui, il y a des gens dangereux. Mais la question à même de vous sauver ne les concerne pas. Il s’agit d’où vous avez cédé pour tenir, rentrer.
D’aucuns rentrent dans le contrôle, d’autres dans la dépendance. D’autres disparaissent. D’autres attaquent. Non pas par hasard mais par répétition.
Lorsque le fantasme tombe, vers quel rôle à occuper vous courrez? Au début tout semble différent car il n’y a pas eu de frustration, de manque, de limite.Au début nous ne choisissons pas l’autre, mais une place pour exister dans son désir. Le début n’est pas amour, c’est du fantasme. Vous n’êtes pas tombé amoureux, vous vous êtes reconnu.