« Ce n’est pas : “je souffre, donc quelqu’un doit être coupable de cela”.
La question est plutôt : quelle est votre part de responsabilité dans le désordre dont vous vous plaignez ? »
(Freud)
Il s’agit alors de se demander comment chacun participe, inconsciemment mais activement, aux conditions de sa propre souffrance.
C’est une démarche difficile, car il est souvent plus simple de penser que l’on a agi par commodité, par lâcheté morale — comme le dit Freud — ou pour obtenir un certain confort. Parfois aussi, bien sûr, par peur légitime ; cela existe également.
Mais l’enjeu est de commencer à reprendre les rênes de ce qui nous arrive. Bien entendu, nous n’avons jamais totalement la maîtrise, car l’inconscient continue d’exister. Il continue de nous faire faire des choses dont nous ne savons pas pourquoi nous les faisons, dire des choses dont nous ne savons pas pourquoi nous les disons.
Cependant, plus on parvient à sortir de cette position — celle de la lâcheté morale — plus il devient possible d’assumer sa part subjective dans ce qui se répète et fait souffrir.
À partir de là, s’ouvre la possibilité d’accepter les défis que le désir impose, ceux qu’il met sur notre chemin. Non pas dans une logique de culpabilité, mais dans une perspective de responsabilité psychique, où le sujet peut commencer à se situer autrement face à sa propre histoire.
La souffrance psychique est souvent vécue comme quelque chose qui s’impose de l’extérieur : une situation, une relation, un événement dont on serait la victime passive. Dans cette perspective, la question implicite devient : qui est responsable de ce qui m’arrive ?
La psychanalyse propose un déplacement radical de cette question. Comme le formulait Freud, il ne s’agit pas de chercher un coupable, mais de s’interroger autrement : quelle est notre part de responsabilité dans le désordre dont nous nous plaignons ?
Souffrance et responsabilité : un malentendu fréquent
Parler de responsabilité psychique ne signifie ni culpabiliser, ni nier la réalité des traumatismes ou des contraintes extérieures. Il s’agit plutôt de reconnaître que le sujet participe, souvent de manière inconsciente, aux modalités par lesquelles sa souffrance se répète et se maintient.
Cette idée est difficile à entendre. Il est en effet plus confortable de penser que l’on a agi par commodité, par peur, ou par ce que Freud appelait une lâcheté morale. Parfois, il s’agit aussi d’une peur légitime, et cette dimension ne peut être niée.
L’inconscient et la répétition
La difficulté majeure réside dans le fait que l’inconscient continue d’agir, indépendamment de la volonté consciente.